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Substances chimiques et effets cocktails : risques sanitaires ?


Dimension politique

Le 22 décembre 2009, lors du Conseil Environnement de l’UE, les ministres de l’Environnement, dans leurs conclusions adoptées, mettaient "l’accent sur le fait que les effets de l'exposition conjuguée à de multiples substances chimiques provenant de sources ou de produits uniques sont reconnus dans certaines parties de la législation communautaire et qu'il est nécessaire de développer les méthodes concertées d'évaluation". Les ministres se disaient par ailleurs "conscients que les êtres humains, les animaux et les plantes sont exposés à de nombreuses substances différentes provenant de sources et suivant des voies différentes, et que, selon des études récentes, les effets de la combinaison de ces produits chimiques, dont la toxicité reproductive et d'autres effets nocifs des perturbateurs endocriniens, peuvent avoir de graves répercussions sur la santé humaine et sur l'environnement".

Ainsi, le Conseil encourageait-il dans ses conclusions la Commission et les États membres à "intensifier leurs efforts de recherche dans ce domaine […]  et à insister pour que la question des effets d'une exposition conjuguée à de multiples substances chimiques, y compris les perturbateurs endocriniens, soit dûment prise en considération par l'OCDE".

Enfin, dans ses conclusions, le Conseil invitait la Commission à :

•             formuler des recommandations sur la manière de prendre davantage en considération l'exposition à de multiples perturbateurs endocrinien dans le cadre de la législation communautaire en vigueur en la matière, notamment dans le cadre de son prochain rapport sur la mise en œuvre de la stratégie communautaire concernant les perturbateurs endocriniens, qui doit être achevé d'ici 2010 ;
•             examiner comment et dans quelle mesure la législation communautaire en vigueur en la matière prend dûment en considération les risques liés à l'exposition à de multiples produits chimiques provenant de différentes sources, à envisager, à partir de là, les modifications, les orientations et les méthodes d'évaluation appropriées, et à faire rapport au Conseil d'ici début 2012 au plus tard;
•             prêter une attention particulière au principe de précaution et aux risques potentiels liés à l'exposition conjuguée aux substances chimiques lors de l'élaboration de futures propositions, notamment en évaluant la nécessité d'adopter des mesures de gestion des risques pour protéger l'environnement et la santé humaine."


Dimension scientifique

Les recommandations ci-dessus sont confortées par un certain nombre d’études qui montrent la réalité de l’effet cocktail.

Ainsi, par exemple, une étude de 1996 a mis en évidence des effets de synergie entre des pesticides aux potentiels oestrogéniques faibles. Les effets des mélanges de pesticides étaient de 150 à 1600 fois plus importants que les effets des pesticides pris isolément .

En 2005, une étude  a évalué les effets combinés (additifs et synergiques) de substances chimiques ayant un effet sur la thyroïde à des doses combinées qui ne dépassaient pas les doses d’une seule molécule. Ainsi, selon les auteurs, bien que l’exposition à certains produits chimiques potentiellement dangereux puisse être inférieure aux seuils individuels causant des effets nocifs, l’exposition cumulée à plusieurs de ces substances dans notre environnement, même à des niveaux peu élevés, peut être nocive pour des groupes vulnérables.

Une autre étude,  de 2006 menée par le Pr. Kortenkamp, a démontré qu’une grande partie des cancers pourrait être liée aux perturbateurs hormonaux chimiques, notamment du fait de l' « effet cocktail », ce risque étant majoré en fonction de la période d’exposition à différents imitateurs d'œstrogène ( notamment in-utero).

Une thèse , rédigée et soutenue par Melle MERHI, en vue de l’obtention d’un doctorat de l’université de Toulouse délivré par l’Institut National Polytechnique (spécialité toxicologie, pathologie, génétique et nutrition), conclue (p. 107 et suivantes) que : « La démonstration d’un lien de causalité entre l’exposition aux pesticides et la présence d’un impact sur la santé chez l’homme pourrait être apportée par des études comparatives entre les populations ayant une alimentation conventionnelle et biologique. D’ailleurs, selon deux études réalisées au Danemark, une meilleure qualité du sperme était observée chez les hommes ayant une alimentation biologique par rapport à des hommes se nourrissant avec des aliments conventionnels (Jensen et al., 1996 ; Juhler et al., 1999). […] Au cours de ces trois années de thèse, nous avons pu associer des approches expérimentales et des approches statistiques afin d’aborder la problématiques des effets des mélanges de pesticides. Nous avons montré que certains mélanges de pesticides à des faibles doses sont capables d’exercer des effets in vitro et in vivo. »

Enfin, en mars 2009, le Dr Nat Scholz, dans une étude intitulée « Health effects of pesticide mixtures: Unexpected insights from the salmon brain »  , a examiné comment les pesticides qui s'écoulent sur terre, se mélangent dans les rivières et se combinent, ont un effet toxique plus grand que celui attendu sur le système nerveux du saumon.
Lors de leurs observations, le Dr Scholz et ses collègues ont constaté que les saumons sont morts lorsqu'ils furent exposés à des combinaisons de pesticides qui ne sont pas mortels lorsqu'ils sont testés individuellement. Les résultats pour le saumon pourraient avoir des implications importantes et mettre en péril les populations de saumon dans tout l'ouest des Etats-Unis. La recherche a également fait ressortir la nécessité d'une étude plus approfondie sur la façon dont les combinaisons de pesticides trouvés sur les fruits et légumes pourraient affecter les humains.


 

 

Cette enquête s'inscrit dans le cadre de notre campagne Environnement et Cancer menée avec HEAL en partenariat avec le RES et le WWF-France